lundi 30 mars 2026

Former utile : pourquoi l’avenir du numérique en Afrique passe par des formations ancrées dans les réalités locales

 À l’heure où la transformation numérique s’accélère sur le continent africain, la question de la formation devient centrale. Mais former au numérique ne peut se réduire à empiler des modules, reproduire des modèles importés ou multiplier des offres déconnectées des réalités locales. Pour être pertinente, la formation doit partir du terrain.

C’est précisément ce que rappelle la mission récemment conduite à Djibouti, dans le cadre d’un atelier organisé par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle. Une mission structurante, qui s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation des systèmes éducatifs et de professionnalisation des compétences numériques en Afrique. 


Commencer par écouter avant de former

L’un des temps forts de cette mission a été la validation d’une cartographie des besoins en formation dans le secteur du numérique. Cette étape, souvent sous-estimée, est pourtant décisive.

Trop souvent, les dispositifs de formation sont pensés à partir de tendances globales, de logiques de financement ou d’opportunités institutionnelles, sans diagnostic suffisamment fin des besoins réels. Résultat : des formations parfois séduisantes sur le papier, mais peu connectées aux attentes du marché, aux besoins des entreprises ou aux perspectives concrètes d’insertion des jeunes.

À Djibouti, l’approche retenue a été différente. Elle a consisté à partir des réalités du terrain, en mobilisant les acteurs publics, les experts, le secteur privé et les futurs employeurs potentiels des profils à former. Cette démarche a permis de poser une question simple, mais essentielle : de quelles compétences le pays a-t-il réellement besoin aujourd’hui ?


Former pour l’emploi, pas seulement pour certifier

L’intérêt d’une cartographie des besoins ne réside pas uniquement dans l’identification de thématiques “porteuses”. Son véritable enjeu est ailleurs : elle permet d’orienter les choix de formation vers des compétences directement mobilisables dans le tissu économique local.

Dans cette logique, deux parcours de formation prioritaires ont été retenus à l’issue du travail engagé. L’objectif est clair : répondre à des besoins immédiats, renforcer les capacités nationales et favoriser l’insertion socioprofessionnelle des jeunes.

C’est un point fondamental. En Afrique comme ailleurs, la question n’est plus seulement de former davantage, mais de former mieux. Former à ce qui est utile. Former à ce qui peut être activé dans un environnement professionnel réel. Former à ce qui permet de réduire l’écart entre les ambitions affichées et les opportunités effectivement accessibles.


Le numérique comme enjeu transversal

Le numérique n’est plus un secteur périphérique. Il structure désormais les dynamiques de production, d’apprentissage, d’administration, de communication et d’innovation.

Cela signifie que les politiques éducatives ne peuvent plus le traiter comme un simple complément ou comme une compétence secondaire. Il devient un axe stratégique de développement, avec des implications directes sur l’employabilité, la compétitivité, la souveraineté technologique et la transformation des pratiques professionnelles.


Dans ce contexte, la formation au numérique doit être pensée non seulement comme une réponse à l’évolution du marché, mais aussi comme un investissement dans la capacité des pays africains à concevoir, adapter et produire leurs propres solutions.


De la dépendance à la capacité d’agir

L’un des enjeux majeurs soulevés par ce type de mission concerne la dépendance persistante à l’expertise extérieure. Dans de nombreux contextes, les besoins sont identifiés localement, mais les réponses restent largement conçues, pilotées ou mises en œuvre de l’extérieur.

Or, renforcer les compétences numériques locales, c’est aussi réduire cette dépendance. C’est permettre à davantage de jeunes, de professionnels et d’institutions de développer une capacité d’action durable, adaptée à leurs contextes, à leurs priorités et à leurs ambitions.

Former au numérique, dans cette perspective, ce n’est pas seulement transmettre des compétences techniques. C’est aussi contribuer à une forme d’autonomie stratégique.


Ce que Djibouti nous rappelle

L’expérience de Djibouti met en lumière une évidence que les politiques publiques, les institutions de formation et les partenaires techniques gagneraient à intégrer davantage : les réponses les plus pertinentes sont souvent celles qui partent d’un bon diagnostic.

Avant de concevoir, il faut comprendre.
Avant de déployer, il faut écouter.
Avant de former, il faut situer les besoins.

Cette logique peut sembler simple. Pourtant, elle fait souvent toute la différence entre un projet visible à court terme et une transformation réellement durable.


Former pour transformer

L’Afrique n’a pas seulement besoin de consommateurs de solutions numériques. Elle a besoin de concepteurs, de techniciens, de pédagogues, d’innovateurs, de décideurs et de professionnels capables de penser, adapter et faire évoluer les outils en fonction des réalités du continent.

C’est pourquoi la formation professionnelle dans le domaine du numérique doit aujourd’hui être pensée comme un levier de transformation, et non comme une réponse ponctuelle à une tendance passagère.

Former, oui.
Mais former utile.
Et surtout, former pour transformer.


Note de l'auteure :
Sandrine Nyebe Atangana est docteure en sciences de l’éducation, experte en numérique éducatif et en ingénierie de formation. Elle accompagne la mise en oeuvre des dispositifs de formation à distance et hybride, ainsi que des initiatives de renforcement des compétences dans les systèmes éducatifs africains.




samedi 14 mars 2026

Série: Former les doctorants à la recherche : supervision, mentorat et nouveaux défis académiques

 Introduction de la série

Dr Sandrine Nyebe Atangana
Chercheure en sciences de l'éducation  
Consultante en ingénierie pédagogique et ingénierie de formation, 
gouvernance des systèmes éducatifs
Problématique du genre
Fondatrice de REVEIL-ASSO 

 Le doctorat est généralement présenté comme une formation à la recherche reposant sur une relation centrale : celle qui unit le doctorant et son encadreur de thèse. Pourtant, les difficultés rencontrées par de nombreux doctorants montrent que l’apprentissage du métier de chercheur ne se réduit pas à cette relation formelle.

Plusieurs travaux soulignent que la réussite du doctorat dépend non seulement de la qualité de la supervision, mais aussi de la capacité des doctorants à comprendre les attentes méthodologiques, à développer une pensée critique et à s’intégrer dans une communauté scientifique (Lee, 2008 ; Pyhältö, Vekkaila & Keskinen, 2012).

À partir de situations concrètes rencontrées dans l’accompagnement de doctorants, cette série de billets propose d’explorer certaines tensions contemporaines de la formation doctorale : les incompréhensions méthodologiques entre doctorants et encadreurs, l’apprentissage souvent implicite du raisonnement scientifique, l’importance du mentorat académique et les nouveaux défis liés à l’intelligence artificielle.

L’objectif n’est pas de remettre en cause le rôle central de la supervision doctorale, mais de réfléchir aux différentes formes d’accompagnement qui contribuent à la formation des chercheurs.


 Billet 1

Doctorants en difficulté malgré un encadrement : comprendre le phénomène

Ce premier billet analyse une situation fréquemment rencontrée dans la formation doctorale : des doctorants qui disposent d’un encadrement formel, mais qui rencontrent néanmoins des difficultés importantes dans la progression de leur recherche.

La littérature montre que ces difficultés peuvent être liées à des écarts de perception entre doctorants et encadreurs concernant les attentes scientifiques et les ressources disponibles (Pyhältö et al., 2012). Les doctorants peuvent notamment éprouver des difficultés à interpréter certaines consignes méthodologiques ou à comprendre le niveau d’analyse attendu dans un travail doctoral.

Ces situations invitent à réfléchir aux conditions permettant de rendre plus explicites les attentes de la recherche académique.


Billet 2

Description, analyse et interprétation : le seuil méthodologique du doctorat

Ce billet explore l’un des obstacles intellectuels majeurs rencontrés par de nombreux doctorants : la distinction entre description des données, analyse thématique et interprétation scientifique.

Les travaux en méthodologie qualitative montrent que l’analyse des données constitue un processus progressif allant de l’organisation des informations empiriques à la production d’interprétations permettant de comprendre le phénomène étudié (Miles, Huberman & Saldaña, 2014).

Le passage de la description à l’interprétation constitue souvent un seuil intellectuel dans la formation des doctorants, car il implique de relier les données empiriques à des concepts théoriques et de produire une compréhension scientifique originale.


 Billet 3

Qui forme vraiment les doctorants à la recherche ?

Ce troisième billet propose une réflexion sur l’écosystème d’apprentissage dans lequel se forme un doctorant.

Au-delà de la supervision formelle, l’apprentissage du métier de chercheur repose souvent sur plusieurs interactions : discussions avec des collègues doctorants, participation à des séminaires, échanges avec d’autres chercheurs ou mentors.

Ces interactions participent à ce que la littérature appelle la socialisation académique, c’est-à-dire le processus par lequel les doctorants apprennent progressivement les normes, les pratiques et les modes de raisonnement de la communauté scientifique (Lindén, Ohlin & Brodin, 2013).


 Billet 4

Intelligence artificielle et supervision doctorale : une nouvelle tension académique

L’émergence des outils d’intelligence artificielle générative introduit de nouvelles questions dans la relation doctorant-encadreur.

Ces technologies peuvent soutenir certaines tâches académiques, notamment la clarification de concepts ou l’amélioration de la rédaction scientifique. Toutefois, leur utilisation peut également susciter des interrogations sur l’origine des productions écrites et sur l’autonomie intellectuelle des doctorants.

Ces transformations invitent à repenser certaines pratiques pédagogiques dans la formation doctorale et à développer des cadres d’usage responsables des technologies numériques.


 Billet 5

Former les doctorants à penser comme chercheurs : un défi institutionnel

Le dernier billet de la série revient sur une question centrale : comment apprend-on réellement à penser comme un chercheur ?

La formation doctorale implique l’acquisition de compétences complexes, telles que la construction d’une problématique scientifique, l’interprétation de données ou l’élaboration d’une argumentation théorique. Or ces compétences sont souvent transmises de manière implicite.

Plusieurs recherches montrent que la supervision efficace combine accompagnement scientifique, mentorat académique et intégration dans la communauté de recherche (Le, 2021 ; Becker, Jacobsen & Friesen, 2025).


 Conclusion de la série

Le mentorat méthodologique comme espace d’apprentissage

L’ensemble de ces réflexions met en évidence un aspect souvent sous-estimé de la formation doctorale : l’importance de rendre visibles les gestes intellectuels de la recherche.

La supervision doctorale reste évidemment centrale dans ce processus. Cependant, certaines situations montrent que les doctorants peuvent également bénéficier d’espaces complémentaires permettant de clarifier certaines démarches méthodologiques et d’expliciter les attentes académiques.

Dans cette perspective, ce que l’on peut appeler le mentorat méthodologique apparaît comme une forme d’accompagnement intermédiaire. Il ne remplace pas l’encadrement scientifique d’une thèse, mais contribue à rendre plus explicites les raisonnements et les pratiques qui structurent la recherche académique.

Reconnaître l’existence de ces différentes formes d’apprentissage permet de mieux comprendre la complexité de la formation doctorale et de réfléchir aux conditions qui favorisent le développement de chercheurs autonomes.


Pyhältö, K., Vekkaila, J., & Keskinen, J. (2012). Exploring the fit between doctoral students’ and supervisors’ perceptions of resources and challenges vis-à-vis the doctoral journey. International Journal of Doctoral Studies, 7, 395-414.

Le, M. (2021). The impacts of supervisor–PhD student relationships on PhD students’ satisfaction. Journal of University Teaching & Learning Practice. https://doi.org/10.53761/1.18.4.18

Danila Pavliuk et Svetlana Zhuchkova (2025)  Choosing to succeed? Insights into doctoral students'supervisor selection and its outcomes. https://doi.org/10.1371/journal.pone.03

Becker, Sandra, Dr Michele Jacobsen, Sharon Friesen (2025). Four supervisory mentoring practices that support online doctoral students’ academic writing. Frontiers in Education. https://doi.org/10.3389/feduc.2025.1521452

Lee, A. (2008). How are doctoral students supervised? Concepts of doctoral research supervision. https://doi.org/10.1080/03075070802049202 

Lindén, Jitka, Mats Ohlin, Eva M. Brodin (2013). Mentorship and mentoring dynamics in PhD education. Studies in Higher Education. Studies in Higher Education 2013 (38): 639-662. https://doi.org/10.1080/03075079.2011.596526




lundi 2 mars 2026

Quand le doctorat bloque… même avec un encadrement

Ce que les difficultés des doctorant.e.s disent (aussi) de nos pratiques d’encadrement

On associe encore trop souvent les blocages doctoraux à un manque de travail, de méthode ou d’encadrement. Pourtant, de nombreuses situations montrent exactement l’inverse : le/ la  doctorant.e est encadrée, parfois même très encadrée, mais les difficultés persistent.

Ce constat oblige à déplacer la question :

Il ne s'agit  pas seulement d’avoir un encadreur, mais de comprendre comment l’encadrement fonctionne et ce qu’il ne permet pas toujours.

Ce billet s’appuie sur des situations d’accompagnement méthodologique rencontrées au sein d’ECRAN Lab, mais aussi sur des demandes récurrentes formulées par des doctorant.e.s issu.e.s de contextes institutionnels et disciplinaires variés. Ce qui entraîne plusieurs de figure.

Avoir un encadreur… et pourtant être perdu.e

Un premier profil revient très fréquemment :

des doctorant.e.s réellement encadré.e.s, recevant des retours réguliers, argumentés, parfois très exigeants et qui, malgré cela, peinent à comprendre ce qui est attendu.

Les consignes sont là.
Les commentaires sont détaillés.
Mais la compréhension ne suit pas.

Dans ces situations, le problème n’est ni la bonne volonté du/de la doctorant.e, ni l’absence d’encadrement, mais un décalage entre ce qui est dit et ce qui est intelligible. Les attentes relèvent souvent de seuils implicites : épistémologiques, méthodologiques, voire intellectuels, qui ne sont jamais formulés comme tels.

Le/la  doctorant.e a le sentiment de répondre, de retravailler, d’avancer… tandis que l’encadreur perçoit une stagnation du « niveau scientifique ». Le malentendu est profond, et souvent douloureux.

Avoir un encadreur… mais pas outillé pour le suivi

Un deuxième profil est tout aussi fréquent : des doctorant.e.s officiellement encadré.e.s, mais par des personnes qui ne disposent pas (ou plus) des outils nécessaires pour accompagner le travail demandé.

Cela peut prendre plusieurs formes :

  • encadreur éloigné du champ disciplinaire réel de la thèse ;

  • encadreur compétent scientifiquement, mais peu familier des méthodes mobilisées (notamment en qualitatif) ;

  • encadreur débordé, présent ponctuellement, mais incapable d’assurer un suivi régulier et structurant.

Dans ces cas, les doctorant.e.s expriment souvent la même chose :

« J’ai un encadreur, mais je n’ai personne pour m’aider à penser mon travail. »

Ce n’est pas une accusation. C’est un constat.

Quand l’encadrement devient une variable de carrière

Il existe aussi une réalité plus délicate à nommer, mais qu’il serait malhonnête d’ignorer.

Certain.e.s doctorant.e.s rapportent des situations où l’encadrement semble répondre davantage à des logiques de carrière académique (accumulation d’encadrements, changement de grade, reconnaissance institutionnelle) qu’à un réel engagement dans le suivi doctoral.

L’encadrement est accepté, parfois sollicité, mais le travail d’accompagnement n’est pas assuré. Le/ la  doctorant.e se retrouve alors seul face à des exigences élevées, sans médiation, sans espace de clarification, sans possibilité de discussion réelle.

Ces situations interrogent directement :

Ce que révèlent ces situations : un malentendu structurel

Ces différentes configurations ont un point commun :
elles montrent que l’encadrement doctoral ne se réduit pas à une désignation administrative.

Encadrer, ce n’est pas seulement :

  • valider un sujet,

  • relire des chapitres,

  • formuler des critiques.

Encadrer, c’est aussi :

Or, ces dimensions sont rarement reconnues comme telles, ni réellement outillées.

Le seuil doctoral, encore et toujours

Dans de nombreuses situations d’accompagnement, le blocage ne concerne ni les données, ni la motivation, ni même la rigueur apparente du travail. Il concerne le passage à un mode de pensée doctoral.

Le/ la doctorant.e :

  • décrit,

  • organise,

  • applique des méthodes.

L’institution attend qu’il :

  • conceptualise,

  • mette en tension,

  • produise une connaissance qui dépasse le terrain.

Ce passage est rarement enseigné. Il est supposé s’opérer « naturellement » à travers l’encadrement. Lorsqu’il ne s’opère pas, le/ la doctorant.e est souvent laissé seul face à son incompréhension.


Le rôle d’un accompagnement méthodologique tiers

C’est précisément dans cet espace que s’inscrit l’accompagnement proposé par ECRAN Lab.

Non pas pour se substituer aux encadreurs.
Non pas pour juger les pratiques.
Mais pour traduire.

Traduire, rendre compréhensible :

  • des consignes institutionnelles en gestes intellectuels concrets ;

  • des exigences abstraites en étapes faisables ;

  • des retours parfois déstabilisants en leviers de compréhension.

De nombreux.ses doctorant.e.s formulent ainsi leur demande :

« Docteure, j’ai un encadreur… mais j’ai besoin d’aide pour comprendre ce qu’on attend réellement de moi. »

Cette demande n’est pas un échec de l’encadrement. Elle révèle un besoin structurel.

Questionner nos pratiques d’encadrement

Ces situations nous invitent collectivement à nous poser des questions inconfortables, mais nécessaires :

  • Comment former réellement à l’encadrement doctoral ?

  • Comment reconnaître le temps et le travail que cela implique ?

  • Comment éviter que l’encadrement ne devienne une simple variable de carrière ?

  • Comment mieux articuler encadrement scientifique et accompagnement méthodologique ?

Rendre visibles ces tensions ne vise pas à fragiliser l’institution doctorale.
Au contraire, c’est une condition pour en renforcer la qualité, l’équité et l’exigence.

En conclusion

Le doctorat n’est pas seulement une épreuve individuelle. C’est un espace de formation, de transmission et de responsabilité collective.

Reconnaître que des doctorant.e.s peuvent être en difficulté malgré un encadrement, c’est accepter de regarder en face les limites de nos dispositifs actuels, et d’imaginer des formes d’accompagnement plus explicites, plus outillées et plus justes.

Chez ECRAN Lab, nous faisons le choix de nommer ces réalités, non pour pointer des fautes, mais pour ouvrir des espaces de compréhension et de transformation.

Les situations évoquées dans ce billet trouvent un écho fort dans la littérature scientifique sur l’encadrement doctoral, qui met en évidence la complexité de la supervision, l’importance des implicites méthodologiques et la nécessité d’un accompagnement intellectuel structurant.

Dr Sandrine Nyebe Atangana
Chercheure en sciences de l'éducation  
Consultante en ingénierie pédagogique et ingénierie de formation, 
gouvernance des systèmes éducatifs
Problématique du genre
Fondatrice de REVEIL-ASSO 

Pour aller plus loin: 

Corner, S., Löfström, E., Pyhältö, K., & McAlpine, L. (2024). PhD candidates’ and supervisors’ wellbeing and experiences of supervision. Higher Education, 87(2), 299–316.

Ghaseminangi, S. Jokar, F. & Yousefy, A. Navigating supervisory and structural challenges in PhD education: a qualitative study of iranian phD candidates'perspectives. MBC Med Edu 26, 74 (2026). URL: https://doi.org/10.1186/s12909-025-08411-0

Gunnarsonn, R. Jonasson, G. &Billhult, A. The experience of disagreement between students and supervisors in PhD education: a qualitative study. BMC Med Educ 13, 134 (2013). URL: https://doi.org/10.1186/1472-6920-13-134 

France Jutras, Jean Gabin Ntebutse et Roland Louis, "L'encadrement de mémoires et de thèses en sciences de l'éducation: enjeux et défis", Revue internationale de pédagogie de l'enseignement supérieur. [En ligne], 26 (1)/2010, mis en ligne le 10 mai 2010, consulté le 02 mars 2026. URL: https://doi.org/10.4000/ripes.333

Macharia, B. M. (2019). A review of the roles of dissertation supervisors as mentors. American Research Journal of Education and Social Sciences, 7(1), 1–7.


lundi 19 janvier 2026

Journées pédagogiques au Cameroun à l’ère du numérique et de l’IA. Entre fortes attentes, contraintes structurelles et pistes réalistes d’amélioration

 Introduction

Dr Sandrine Nyebe Atangana
Chercheure en sciences de l'éducation  
Consultante en ingénierie pédagogique et ingénierie de formation, 
gouvernance des systèmes éducatifs
Problématique du genre
Fondatrice de REVEIL-ASSO 

Au Cameroun, les journées pédagogiques constituent souvent le principal – parfois l’unique – espace institutionnel de formation continue des enseignant.e.s. Dans un contexte marqué par la digitalisation de l’éducation et l’émergence rapide de l’intelligence artificielle (IA), ces rencontres suscitent un intérêt croissant, mais aussi de nombreuses frustrations.

Les échanges recueillis lors des récentes journées pédagogiques mettent en évidence un décalage important entre les ambitions affichées (former, outiller, transformer les pratiques) et les conditions réelles de mise en œuvre.

1. Un contexte local marqué par de fortes contraintes structurelles

a) Une durée insuffisante pour une réelle formation

La journée pédagogique dure environ 7 heures. Ce format pose plusieurs limites :

  • impossibilité d’entrer en profondeur dans des thématiques complexes comme l’IA,

  • surcharge d’informations en un temps très court,

  • absence de temps pour l’expérimentation, l’erreur et la discussion.

Former à des outils numériques ou à l’IA dans un tel laps de temps relève souvent plus de la sensibilisation que de la formation effective.

b) Des environnements peu propices à la pédagogie active

L'observation de ces journées met en évidence des réalités largement partagées :

  • salles non adaptées au travail en groupe,

  • absence de vidéoprojecteur fonctionnel ou d’électricité stable,

  • connectivité inexistante ou très limitée,

  • matériel personnel des enseignants (smartphones, ordinateurs) non mobilisé de manière structurée.

Dans ces conditions, les approches participatives restent largement théoriques.

c) Un dispositif technologique souvent absent

Alors même que la thématique porte sur le numérique et l’IA, il a été impossible, lors de certaines sessions :

  • de projeter une interface,

  • de montrer concrètement comment formuler un prompt,

  • de simuler un usage réel d’un outil d’IA.

Or, les enseignants l’ont clairement exprimé :
« Nous voulons voir comment ça se fait, pas seulement entendre. »

2. Des attentes claires exprimées par les enseignant.e.s

Contrairement à certaines idées reçues, les enseignant.e.s ne rejettent ni le numérique ni l’IA. Au contraire,  l'observation et les échanges entre participant.e.s au cours de cette journée révèlent :

  • une curiosité réelle,

  • une volonté de comprendre comment l’IA peut les aider concrètement,

  • une demande explicite de démonstrations pratiques.

Parmi les attentes formulées :

  • voir des exemples de prompts adaptés au contexte scolaire camerounais mais surtout à l'activité à mener dans le cadre de la pratique de classe,

  • comprendre comment utiliser l’IA pour préparer une leçon, un devoir ou une évaluation,

  • savoir ce qui est acceptable ou non sur le plan éthique et pédagogique.

Ce besoin de concrétisation est central.

3. Le paradoxe des journées pédagogiques sur l’IA

Les journées pédagogiques sur le numérique et l’IA au Cameroun font face à un paradoxe majeur :
former au numérique sans environnement numérique fonctionnel.

Cela génère :

  • frustration chez les enseignant.e.s,

  • sentiment d’inachèvement,

  • perception d’un discours déconnecté des réalités du terrain.

Le risque est alors que l’IA soit perçue comme :

  • une injonction supplémentaire,

  • un luxe inaccessible,

  • ou une énième mode importée sans adaptation locale.

4. Stratégies pragmatiques et réalistes pour le contexte camerounais

a) Assumer clairement les limites de la journée pédagogique

Plutôt que de promettre une « formation complète », il est plus honnête de :

  • positionner la journée pédagogique comme un déclencheur,

  • définir des objectifs modestes mais atteignables,

  • annoncer ce qui pourra être approfondi ultérieurement.

b) Miser sur des démonstrations sobres et mobiles

En l’absence de matériel technologique adéquat :

  • utiliser un smartphone comme outil central,

  • projeter si possible, sinon travailler par description guidée,

  • distribuer des exemples de prompts imprimés ou partagés via WhatsApp.

 Même sans projection, une simulation collective scénarisée est possible.

c) Travailler à partir de situations pédagogiques locales

Exemples concrets :

  • préparer une leçon avec effectif pléthorique dans un temps court, très souvent limité à 50 ou 55 minutes,

  • formuler un sujet d’évaluation adapté au programme officiel,

  • différencier un exercice pour des niveaux hétérogènes.

L’IA doit répondre à des problèmes réels du quotidien enseignant.

d) Penser la formation comme un processus, pas un événement

La journée pédagogique devrait s’inscrire dans un continuum :

  • création de groupes de suivi (WhatsApp, Telegram),

  • partage progressif de ressources légères,

  • retours d’expérience après expérimentation en classe.

e) Valoriser l’intelligence pédagogique humaine

Dans un contexte de moyens limités, il est essentiel de rappeler que :

  • l’IA ne remplace ni l’expérience ni la créativité de l’enseignant.e,

  • elle peut être un appui, même minimal,

  • le cœur du métier reste la relation pédagogique.

5. Conclusion : repenser les ambitions à la hauteur du contexte

Au Cameroun, les journées pédagogiques à l’ère du numérique et de l’IA ne peuvent être de simples transpositions de modèles venus d’ailleurs. Elles doivent être ancrées dans les réalités matérielles, institutionnelles et humaines locales.

Pour  ECRAN-LAB, l’enjeu est d’accompagner cette transition avec :

  • lucidité sur les contraintes,

  • respect du rythme des enseignant.e.s,

  • et recherche de solutions pragmatiques, même modestes.

NB: Former à l’IA dans un contexte contraint n’est pas impossible, à condition de privilégier le sens, la simplicité et la continuité plutôt que l’illusion technologique. Ce n’est pas la technologie qui transforme l’éducation, mais la manière dont les communautés éducatives se l’approprient.

dimanche 11 janvier 2026

Apprendre le tutorat… en situation de tutorat. Chronique d’une formation en ligne sur Moodle

 Introduction

Dr Sandrine Nyebe Atangana
Chercheure en sciences de l'éducation  
Consultante en ingénierie pédagogique et ingénierie de formation, 
gouvernance des systèmes éducatifs
Problématique du genre
Fondatrice de REVEIL-ASSO 

Former au tutorat en ligne est un exercice particulier : il ne s’agit pas seulement de transmettre des concepts ou des méthodes, mais de faire vivre aux participant.e.s l’expérience même du tutorat. Les échanges entre participant.e.s et tutrice, adossés à une plateforme de formation de type Moodle, illustrent parfaitement cette mise en abyme pédagogique : apprendre le tutorat… tout en étant tutoré·e.


1. Une formation au tutorat ancrée dans une plateforme Moodle

La formation se déroule principalement sur une plateforme Moodle :

modules à consulter, activités à réaliser, forums de discussion, indicateurs de progression, devoirs à déposer. Ce cadre structurant vise à familiariser les participant.e.s avec les outils qu’ils et elles seront amené.e.s à utiliser à leur tour comme futur.e.s tuteur.rice.s.

Mais très vite, les réalités du terrain apparaissent. Elles relèvent assez souvent de la configuration initiale des activités, mais aussi des compétences insuffisantes des participant.e.s, entre autres :

  • progression affichée à 0 % malgré le travail réalisé,

  • accès partiel à certains modules,

  • difficultés avec des activités interactives (H5P),

  • problèmes techniques lors des réunions intégrées ou sur le forum.

Ces situations ne sont pas anecdotiques : elles font partie intégrante de l’apprentissage du tutorat en ligne.

1. Quand les difficultés techniques deviennent des objets d’apprentissage

Les messages échangés montrent une inquiétude récurrente :

« Est-ce normal que ma progression soit toujours à zéro ? »
« Le bug n’est toujours pas résolu. »

Du point de vue pédagogique, ces blocages sont précieux. Ils permettent d’aborder concrètement :

  • la gestion de la frustration chez les apprenant.e.s,

  • l’importance de la communication tutorale en cas de dysfonctionnement,

  • la nécessité de hiérarchiser les activités (faire l’essentiel, rassurer sur l’accessoire).

La réponse tutorale — rassurante, explicative, orientée solution — devient alors un modèle de posture professionnelle, directement observable et transférable.

2. WhatsApp comme extension tutorale de Moodle

Si Moodle constitue l’ossature de la formation, WhatsApp en est clairement le système nerveux.
C’est là que :

  • les participant.e.s signalent principalement les problèmes en temps réel,

  • les pairs se reconnaissent dans les mêmes difficultés,

  • les tuteur.rice.s ajustent les consignes et les délais.

Loin de concurrencer la plateforme, WhatsApp joue un rôle complémentaire :

  • il humanise la relation pédagogique,

  • il soutient la persévérance,

  • il rend visible la présence tutorale.

Dans une formation au tutorat, cette articulation entre outil institutionnel (Moodle) et outil informel (WhatsApp) est en soi un apprentissage clé.

3. Forums Moodle et apprentissage collaboratif : apprendre à cadrer

Plusieurs échanges portent sur une question centrale du tutorat :

La discussion doit-elle se faire uniquement au sein du groupe ou avec toute la cohorte ?

La clarification apportée est essentielle :

  • production attendue par équipe sur le forum Moodle,

  • interactions ouvertes et encouragées entre groupes pour s’enrichir mutuellement.

Cette réponse ne fait pas que lever une ambiguïté : elle explicite les fondements de l’apprentissage collaboratif en ligne et montre comment un.e tuteur.rice peut poser un cadre clair tout en favorisant l’ouverture.

4. Le tutorat synchrone : redonner du lien et du sens

L’annonce d’une réunion synchrone via Google Meet marque un moment clé du dispositif :

  • bilan collectif de la séquence achevée,

  • explicitation des attentes de la séquence  à venir,

  • prise en compte des difficultés techniques rencontrées sur Moodle.

Même dans une formation asynchrone, ces temps synchrones jouent un rôle structurant. Ils renforcent le sentiment d’accompagnement et rappellent que derrière la plateforme, il y a une équipe tutorale attentive.


5. Ce que cette formation au tutorat nous enseigne

À travers ces échanges ordinaires, plusieurs apprentissages fondamentaux émergent :

  • Former au tutorat, c’est montrer autant que dire;

  • Les dysfonctionnements techniques sont des situations pédagogiques authentiques;

  • La posture tutorale se construit dans l’écoute et l’ajustement;

  • Moodle est un outil puissant, mais il a besoin d’une médiation humaine active.

En conclusion

Cette formation en ligne au tutorat, hébergée sur Moodle et soutenue par des outils de communication comme WhatsApp et Google Meet, montre que le tutorat ne s’apprend pas uniquement dans les contenus, mais dans la manière dont on accompagne les apprenant.e.s au quotidien.

Chez ECRAN-LAB, nous défendons une vision du tutorat comme compétence relationnelle, pédagogique et numérique, qui se construit dans l’expérience vécue, y compris — et surtout — lorsque tout ne se passe pas comme prévu.

Apprendre le tutorat, c’est déjà faire l’expérience d’un tutorat vivant.

jeudi 4 décembre 2025

Présentiel enrichi en français terminale : une séance digitalisée sur les relations sémantiques

Un cours mutualisé dans la salle polyvalente

Deux enseignant.e.s de français ont  co-animé conjointement une séance digitalisée sur les relations sémantiques: synonymie, antonymie, hyperonymie et hyponymie.

Plusieurs classes de terminale ont été regroupées dans la salle polyvalente afin de rentabiliser le dispositif et de permettre aux apprenant.e.s de bénéficier d’un enseignement enrichi par les outils numériques. Les salles de classes ne permettent pas une digitalisation des enseignements en situation, entre autres à cause de l'absence des prises électriques mais aussi l'insuffisance voire du matériel informatique pour toutes les classes. 

Les enseignant.e.s ont projeté un diaporama comportant :

Résistances et transformation progressive des pratiques

L’introduction du présentiel enrichi n’a pas été sans heurts. Si l’approche offrait des perspectives motivantes sur le plan pédagogique, plusieurs enseignant.e.s ont d’abord exprimé une forte réticence à l’idée d’intégrer le numérique à leurs pratiques en salle. Deux obstacles principaux se sont imposés :

- La peur du changement, souvent liée à une faible confiance en leurs compétences numériques. En effet, beaucoup redoutaient de ne pas savoir utiliser les outils (la projection du diaporama à l'aide d'un vidéoprojecteur), de ne pas maîtriser les plateformes, ou d’être confrontés à des incidents techniques en cours de séance.
- Un sentiment d’efficacité personnelle fragilisé parce que certain.e.s doutaient de leur capacité à concevoir des contenus hybrides pertinents ou à capter l’attention des apprenant.e.s par des supports numériques.

Malgré ces appréhensions, l’accompagnement, les démonstrations concrètes, et les premiers retours positifs des apprenants ont progressivement fait évoluer les postures. La peur a cédé la place à la curiosité, puis à l’adhésion.
Après la leçon, les enseignants.e.s  engagé.e.s ont témoigné d’un changement de regard. Non seulement ils reconnaissent les bénéfices en termes de motivation et d’engagement des apprenant.e.s, mais ils expriment aussi le souhait de faire du présentiel enrichi une modalité régulière, à condition de continuer à être accompagnés dans la montée en compétence.


Une séance appréciée mais confrontée aux réalités du terrain

Les élèves ont montré un réel intérêt pour ce format de présentiel enrichi, qui combinait explications magistrales, projections dynamiques et activité collective.

Les enseignant.e.s ont particulièrement apprécié :

  • la fluidité du déroulé pédagogique grâce au support numérique structuré,

  • l’utilisation de visuels riches et attractifs

  • l’usage de scènes authentiques facilitant la compréhension,

  • notamment les nuages de mots et les schémas d’hyperonymie/hyponymie,

  • la possibilité de mobiliser l’attention d’un grand groupe grâce à la projection.

Toutefois, plusieurs défis ont resurgi, déjà bien connus dans les contextes d’enseignement à forte densité d’élèves :

1. Gestion du temps

Les 55 minutes réglementaires n’ont pas suffi pour les différentes articulations de la leçon :

  • découvrir la situation problème,

  • analyser et traiter lasituation problème en répondant aux questions formulées,

  • mener une confrontation solide à partir des réponses individuelles,

  • amener chaque groupe à une formulation autonome de la règle,

  • réaliser une consolidation individualisée visant à vérifier le degré d'atteinte de l'objectif.

Le rythme prévu dans la structure APC était difficile à tenir dans un espace aussi large et avec des classes fusionnées. Certaines étapes n'ont pas pu être menées de manière approfondie.

2. Une salle polyvalente non équipée pour la masse

  • Absence de sonorisation: pas de micros, ni d’enceintes pour soutenir la voix.

  • Acoustique difficile (salle ouverte, bruits extérieurs),

  • Un seul vidéoprojecteur pour plusieurs classes,

  • Voix des enseignants difficilement audible pour le fond de salle,

  • Difficulté à faire participer oralement un grand groupe dans un espace non adapté.

3. Classes fusionnées = attention fragmentée

Malgré l’intérêt suscité, la taille du groupe a limité :

  • la participation orale,

  • la régulation comportementale,

  • la qualité de l’accompagnement rapproché durant l’analyse.

Ces limites ont impacté la dynamique interactive, pourtant cruciale dans les phases d’analyse et de confrontation prévues par la leçon.


Le présentiel enrichi, qu'est ce que c'est ?

Le présentiel enrichi (ou enriched classroom-based learning) désigne une modalité pédagogique qui combine des séances en présence avec des apports numériques, afin d’améliorer l’interaction, l'engagement et l'autonomie des apprenant.e.s sans supprimer le cadre physique du cours.

Selon le Rapport de l’UNESCO (2023) sur l’hybridation des apprentissages, le présentiel enrichi est une forme d’hybridation douce,  où « les outils et ressources numériques viennent compléter les temps en présentiel, sans dématérialiser entièrement la formation ». Il ne s’agit donc pas d’un enseignement hybride complet, mais d’un présentiel augmenté.

Il peut inclure :

- des supports interactifs numériques (vidéos, quiz en ligne, padlets…),

- des  évaluations formatives numériques intégrées au cours,

- l’utilisation d’outils collaboratifs en ligne,

- ou la mise à disposition de contenus complémentaires  via une plateforme. 


Ce que les enseignant.e.s retiennent pour optimiser les prochaines séances

Malgré les contraintes, l’expérience a permis d’identifier des pistes concrètes d’amélioration :

1. Mettre à disposition le corpus AVANT la séance

Envoyer aux élèves, via WhatsApp ou support imprimé :

  • le dialogue support,

  • les questions d’analyse,

  • le tableau de classification.

Cela permet de déplacer une partie de la Découverte et de l’Analyse hors classe, en mode classe inversée, afin de consacrer davantage les 55 minutes :

2. Capitaliser le temps de classe pour :

  • Confronter,
  • Débattre,
  • Justifier,
  • Réguler les erreurs,
comme attendu dans les phases 3 et 4 du modèle APC.

 3. Renforcer l’audibilité (au minimum)

 4. Mutualiser le temps d’enseignement

La co-animation pratiquée ce jour-là a montré un réel potentiel, entre autres, une meilleure gestion du grand groupe,

  • un.e enseignant.e guide l’analyse,

  • l’autre régule le groupe,

  • les deux interviennent en alternance dynamique pour relancer la participation et favoriser une prise en charge plus fluide  des interactions.

Dans les classes fusionnées, cette synergie est indispensable.

Conclusion : une étape importante vers le présentiel enrichi

Cette séance a démontré que le présentiel enrichi est non seulement possible mais prometteur pour dynamiser les enseignements  dans les lycées, à condition d’adapter :

  • l’accès aux ressources (avant le cours),

  • l’organisation du temps (placer les moments interactifs au cœur de la séance),

  • l’environnement matériel (audibilité minimale),

  • le dispositif pédagogique (co-animation, supports visuels structurés).

Les ressources numériques utilisées, notamment le diaporama et ses visuels pédagogiques (corpus contextualisé, arbres lexicaux, nuages de mots, exercices interactifs...) ont aidé les élèves à mieux comprendre les notions de synonymie, antonymie, hyperonymie et hyponymie.

L’expérience a également mis en évidence l’importance de préparer la séance en amont, de réorganiser la temporalité des phases APC, et d’adapter la logistique aux grands groupes avec peu de supports numériques.

ECRAN-LAB poursuivra l’accompagnement pour affiner ces pratiques et renforcer le modèle du présentiel enrichi dans les lycées :
Enseigner autrement, avec les moyens disponibles, en s’appuyant sur la créativité et la collaboration.


MODÈLE DE FICHE “PRÉSENTIEL ENRICHI” (prêt à réutiliser)

FICHE DE PRÉSENTIEL ENRICHI – MODÈLE

Discipline :
Classe(s) concernée(s) :
Durée : 55 minutes
Enseignant(.e.s) :

1. Ressources à mettre à disposition AVANT la séance

2. Objectifs de la séance

  • Objectif disciplinaire :

  • Objectif méthodologique :

  • Compétence(s) visée(s) :

3. Déroulé APC de la séance

Phase 1 – Découverte (5–7 min)

Support : image, vidéo, corpus, situation réelle.
But : activer l’attention, contextualiser, repérer une problématique.

Phase 2 – Analyse et traitement (10–15 min)

Travail individuel / binôme / groupe.
But : observer, classer, interpréter, questionner.

Phase 3 – Confrontation (10–15 min)

Mise en commun, débat, justification.
But : construire collectivement le sens.

Phase 4 – Formulation de la règle (5–7 min)

Institutionnalisation.
But : structurer les acquis et formaliser les notions.

Phase 5 – Consolidation / Application (10–12 min)

Exercice, mini-tâche, mise en pratique immédiate.
But : vérifier le niveau d'atteinte de l'objectif ainsi que l’appropriation des notions.

4. Matériel requis

  • Vidéoprojecteur

  • Mini-enceinte / micro portable

  • Supports imprimés (si nécessaire)

  • Téléphones pour QR code (optionnel)

5. Observations / Points à améliorer

  • Temps :

  • Interaction :

  • Audibilité :

  • Engagement :

  • Équipement :

Dr Sandrine Nyebe Atangana
Chercheure en sciences de l'éducation  
Consultante en ingénierie pédagogique et ingénierie de formation, 
gouvernance des systèmes éducatifs
Problématique du genre
Fondatrice de REVEIL-ASSO 

dimanche 16 novembre 2025

“Moi aussi, je peux le faire” : quand les rôles modèles ouvrent les STEM aux filles. Une analyse issue de la formation à l’égalité femme/homme de l’IFEF

 Une formation IFEF pour transformer les pratiques éducatives

Depuis 2021, l’Institut de la Francophonie pour l’Éducation et la Formation (IFEF) propose une formation destinée aux professionnel.le.s du secteur de l’éducation afin de renforcer l’égalité femme/homme dans les systèmes éducatifs. Cette formation est une invitation à repenser les pratiques, les représentations et les espaces pédagogiques. 
Cette formation vise entre autre à :

  • comprendre et déconstruire les stéréotypes de genre ;

  • accompagner les filles vers les filières scientifiques et techniques ;

  • fournir aux enseignant.e.s des outils pédagogiques concrets ;

  • mobiliser des rôles modèles féminins pour inspirer et orienter les élèves.

C’est dans ce cadre que les participant.e.s ont réalisé une série d’entretiens avec des femmes scientifiques, ingénieures, entrepreneures et enseignantes, du Rwanda et de la sous-région. Ces voix, multiples et complémentaires, ont permis d’explorer un thème essentiel :
comment les rôles modèles féminins peuvent-ils encourager les filles à s’engager dans les filières STEM? 

L’article qui suit synthétise ces enseignements.

Pourquoi les rôles modèles comptent tant pour les filles?

Dans une salle de classe, un laboratoire ou une bibliothèque, la simple présence d’une femme scientifique peut changer la trajectoire d’une élève. "On s’autorise plus facilement à devenir ce que l’on peut identifier chez une personne qui nous ressemble ou une personne à laquelle on souhaite ressembler".
Chez les filles, cette dynamique est particulièrement forte dans les domaines scientifiques, où les modèles féminins restent rares ou invisibilisés.. Une femme qui manipule un modèle de données, démonte un moteur, réalise une expérience ou explique une théorie mathématique change immédiatement le paysage des possibles.
Les filières STEM restent encore marquées par des déséquilibres de genre au moment des choix d’orientation à travers les pays de la sous-région. Les rôles modèles deviennent alors un outil pédagogique puissant.

I. Des parcours inspirants : ce que disent les femmes STEM interrogées

Pour préserver l’anonymat, les entretiens réalisés dans le cadre de la formation ont été regroupés en profils types, reflétant la diversité des STEM :

 a. La scientifique du secteur public

Elle œuvre dans la conception de politiques éducatives sensibles au genre. Selon elle, les filles ont besoin de visibilité et de soutien institutionnel pour rester motivées dans les parcours scientifiques.
Le message clé qui ressort de l'échange est le suivant : l’égalité n’est pas un vœu, mais un cadre à construire quotidiennement.

b. La spécialiste de la santé publique

Engagée dans la gouvernance et les projets communautaires, elle insiste sur la nécessité de montrer aux filles l’utilité sociale de la science. Pour elle, les jeunes doivent comprendre que les STEM sauvent des vies, améliorent les villages et transforment les territoires.

c. La chercheuse internationale

Elle s'investit entre autre dans l'hydrologie, le climat, l'environnement… Ses travaux sont d’envergure mondiale. Son témoignage rappelle que l’excellence scientifique n’a pas de genre, et que les parcours ruraux, modestes ou atypiques peuvent mener loin.

d. L’enseignante de mathématiques

Dans sa classe, elle mise sur la pédagogie active, les jeux logiques, les défis collaboratifs et la mise en avant de femmes scientifiques. Elle montre que la confiance en soi est un facteur clé de la réussite.

e. L’ingénieure logicielle

Au contact d’élèves et de jeunes femmes, elle insiste sur ce point: les STEM doivent être enseignées comme un espace créatif, non comme un territoire codifié réservé à quelques-uns.

f. La technicienne agricole ou environnementale

En lien étroit avec les communautés, elle montre que les STEM ne sont pas abstraites : elles touchent à l’eau, aux cultures, à l’énergie, aux sols, et les filles y trouvent du sens.

g. L’entrepreneure tech

Elle raconte les virages, les échecs, les innovations. Ses récits démythifient la réussite : on progresse par essais, erreurs, réajustements. Le message qu'elle adresse aux jeunes est le suivant:  « La tech n’est pas un bloc fermé. On y invente chaque jour. »

Ensemble, ces profils dressent une cartographie puissante : la science est diverse, humaine, accessible.


II. Ce que les élèves retiennent : des phrases simples, des effets durables

Les réactions recueillies lors des activités pédagogiques sont révélatrices :

  • “Elle nous ressemble.”

  • “Elle a commencé petit, alors nous aussi.”

  • “Ce qu’elle fait sert à quelque chose.”

  • “Je pensais que c’était pour les garçons. Maintenant je ne suis plus sûre…”

Ces phrases disent tout : l’identification transforme l’ambition.


III. Comment intégrer les rôles modèles dans les pratiques éducatives ?

Les témoignages recueillis dans le cadre de la formation à l'EFH peuvent servir de leviers pédagogiques. Nous suggérons une approche simple en trois étapes:

1) Avant la rencontre

  • Identifier un profil adapté à l’âge et aux intérêts des élèves.

  • Préparer 3 questions par groupe pour guider l’échange.

  • Travailler les représentations : “À quoi ressemble un.e scientifique ?”

2) Pendant

  • Laisser l’intervenante raconter ses obstacles, solutions, réussites.

  • Proposer, prévoir une mini-démonstration basée sur le domaine professionnel de la scientifique : robot simple, modèle de données, petit panneau solaire, analyse d’image…

3) Après

  • Demander aux élèves de produire un résumé de 150 mots + une action personnelle que la démonstration les pousse à envisager.

  • Créer un Mur des Rôles Modèles féminins.

  • Prévoir une rencontre par trimestre.

IV. Pour les enseignant.e.s formé.e.s par l’IFEF, quels gestes/actions concret.e.s?

  • Donner la parole équitablement.

  • Nommer et déconstruire les stéréotypes.

  • Confier des responsabilités techniques aux filles.

  • Valoriser les progrès plutôt que “le talent”.

  • Relier les STEM aux enjeux sociaux et environnementaux.

Ces micro-pratiques font une grande différence.

Conclusion : ouvrir l’espace pour ouvrir les possibles

L’expérience menée dans le cadre de la formation à l’égalité femme/homme  le montre clairement :
les rôles modèles ne sont pas des “extras” pédagogiques, mais des ressources essentielles pour renforcer l’ambition des filles. Ils montrent que la science a  et doit avoir  des visages féminins. Ils donnent des méthodes, de la confiance, de la projection. Et ils ouvrent la voie à une génération pour qui dire “je veux être ingénieure / chercheuse / technicienne / programmeuse” ne sera plus un acte de courage, mais une évidence.




Dr Sandrine Nyebe Atangana
Chercheure en sciences de l'éducation  
Consultante en ingénierie pédagogique et ingénierie de formation, 
gouvernance des systèmes éducatifs
Problématique du genre
Fondatrice de REVEIL-ASSO 

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