lundi 30 mars 2026

Former utile : pourquoi l’avenir du numérique en Afrique passe par des formations ancrées dans les réalités locales

 À l’heure où la transformation numérique s’accélère sur le continent africain, la question de la formation devient centrale. Mais former au numérique ne peut se réduire à empiler des modules, reproduire des modèles importés ou multiplier des offres déconnectées des réalités locales. Pour être pertinente, la formation doit partir du terrain.

C’est précisément ce que rappelle la mission récemment conduite à Djibouti, dans le cadre d’un atelier organisé par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle. Une mission structurante, qui s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation des systèmes éducatifs et de professionnalisation des compétences numériques en Afrique. 


Commencer par écouter avant de former

L’un des temps forts de cette mission a été la validation d’une cartographie des besoins en formation dans le secteur du numérique. Cette étape, souvent sous-estimée, est pourtant décisive.

Trop souvent, les dispositifs de formation sont pensés à partir de tendances globales, de logiques de financement ou d’opportunités institutionnelles, sans diagnostic suffisamment fin des besoins réels. Résultat : des formations parfois séduisantes sur le papier, mais peu connectées aux attentes du marché, aux besoins des entreprises ou aux perspectives concrètes d’insertion des jeunes.

À Djibouti, l’approche retenue a été différente. Elle a consisté à partir des réalités du terrain, en mobilisant les acteurs publics, les experts, le secteur privé et les futurs employeurs potentiels des profils à former. Cette démarche a permis de poser une question simple, mais essentielle : de quelles compétences le pays a-t-il réellement besoin aujourd’hui ?


Former pour l’emploi, pas seulement pour certifier

L’intérêt d’une cartographie des besoins ne réside pas uniquement dans l’identification de thématiques “porteuses”. Son véritable enjeu est ailleurs : elle permet d’orienter les choix de formation vers des compétences directement mobilisables dans le tissu économique local.

Dans cette logique, deux parcours de formation prioritaires ont été retenus à l’issue du travail engagé. L’objectif est clair : répondre à des besoins immédiats, renforcer les capacités nationales et favoriser l’insertion socioprofessionnelle des jeunes.

C’est un point fondamental. En Afrique comme ailleurs, la question n’est plus seulement de former davantage, mais de former mieux. Former à ce qui est utile. Former à ce qui peut être activé dans un environnement professionnel réel. Former à ce qui permet de réduire l’écart entre les ambitions affichées et les opportunités effectivement accessibles.


Le numérique comme enjeu transversal

Le numérique n’est plus un secteur périphérique. Il structure désormais les dynamiques de production, d’apprentissage, d’administration, de communication et d’innovation.

Cela signifie que les politiques éducatives ne peuvent plus le traiter comme un simple complément ou comme une compétence secondaire. Il devient un axe stratégique de développement, avec des implications directes sur l’employabilité, la compétitivité, la souveraineté technologique et la transformation des pratiques professionnelles.


Dans ce contexte, la formation au numérique doit être pensée non seulement comme une réponse à l’évolution du marché, mais aussi comme un investissement dans la capacité des pays africains à concevoir, adapter et produire leurs propres solutions.


De la dépendance à la capacité d’agir

L’un des enjeux majeurs soulevés par ce type de mission concerne la dépendance persistante à l’expertise extérieure. Dans de nombreux contextes, les besoins sont identifiés localement, mais les réponses restent largement conçues, pilotées ou mises en œuvre de l’extérieur.

Or, renforcer les compétences numériques locales, c’est aussi réduire cette dépendance. C’est permettre à davantage de jeunes, de professionnels et d’institutions de développer une capacité d’action durable, adaptée à leurs contextes, à leurs priorités et à leurs ambitions.

Former au numérique, dans cette perspective, ce n’est pas seulement transmettre des compétences techniques. C’est aussi contribuer à une forme d’autonomie stratégique.


Ce que Djibouti nous rappelle

L’expérience de Djibouti met en lumière une évidence que les politiques publiques, les institutions de formation et les partenaires techniques gagneraient à intégrer davantage : les réponses les plus pertinentes sont souvent celles qui partent d’un bon diagnostic.

Avant de concevoir, il faut comprendre.
Avant de déployer, il faut écouter.
Avant de former, il faut situer les besoins.

Cette logique peut sembler simple. Pourtant, elle fait souvent toute la différence entre un projet visible à court terme et une transformation réellement durable.


Former pour transformer

L’Afrique n’a pas seulement besoin de consommateurs de solutions numériques. Elle a besoin de concepteurs, de techniciens, de pédagogues, d’innovateurs, de décideurs et de professionnels capables de penser, adapter et faire évoluer les outils en fonction des réalités du continent.

C’est pourquoi la formation professionnelle dans le domaine du numérique doit aujourd’hui être pensée comme un levier de transformation, et non comme une réponse ponctuelle à une tendance passagère.

Former, oui.
Mais former utile.
Et surtout, former pour transformer.


Note de l'auteure :
Sandrine Nyebe Atangana est docteure en sciences de l’éducation, experte en numérique éducatif et en ingénierie de formation. Elle accompagne la mise en oeuvre des dispositifs de formation à distance et hybride, ainsi que des initiatives de renforcement des compétences dans les systèmes éducatifs africains.




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