La digitalisation de l’enseignement au Cameroun, imposée après la crise sanitaire comme dans la plupart des pays à travers le monde et particulièrement de la sous-région, a ouvert de nouvelles perspectives. Elle a aussi révélé de nombreuses limites et exacerbé les fractures sociales déjà existantes.
Qu’est-ce que digitaliser l’enseignement ?
Digitaliser, ce n’est pas seulement remplacer le tableau noir par un vidéoprojecteur ou diffuser une vidéo en classe. Selon les modèles théoriques mobilisés (SAMR de Puentedura et ASPID de Karsenti), une véritable digitalisation doit transformer les pratiques pédagogiques, favoriser la collaboration et enrichir les apprentissages — et non se limiter à une substitution formelle.
Les freins observés dans le contexte de l'enseignement secondaire camerounais
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Manque de ressources matérielles : une seule salle équipée (dans la plupart des établissements d'enseignement secondaire), coupures de courant fréquentes, accès limité aux ordinateurs et à Internet.
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Absence de formation des enseignant.e.s : la plupart n’ont pas été préparés aux usages pédagogiques du numérique.
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Approche descendante et contraignante : l’obligation de produire des leçons digitalisées, souvent sans conviction, sans vision éclairée et structurée, entraîne surcharge, stress, désengagement et démotivation.
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Faible plus-value pédagogique : Le format adpoté pour cette digitalisation rend les élèves passifs, comme devant une projection, sans réelle interaction ni construction de savoirs.
Quelles pistes pour une digitalisation effective ?
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Former les enseignant.e.s aux usages pédagogiques du numérique, et pas seulement aux outils.
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Équiper les établissements (en l'occurrence, les salles de classes) de manière équitable et fiable (connexion, énergie, matériel).
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Valoriser les initiatives locales et laisser de la marge aux enseignant.e.s pour expérimenter.
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Miser sur la co-construction et l’implication réelle des élèves dans les activités numériques, autrement dit, articuler la digitalisation, l'approche pédagogique en vigueur avec la coeur, les apprentissages effectifs et signifiants des apprenant.e.s.
La digitalisation n’est pas une fin en soi encore moins un gage absolu d'amélioration des performances scolaires. Elle doit être un levier de transformation pédagogique qui place l’élève au centre, et non une injonction formelle sans modalités d'accompagnement réalistes adaptées aux contraintes contextuelles.
Chercheure en sciences de l'éducation
Fondatrice de REVEIL-ASSO
Pour aller plus loin, consulter l'article ci-après:
Sandrine Nyebe Atangana. Digitalisation des enseignements au MINESEC: analyse des déterminants des apprentissages. 7ème Colloque international du RAIFFET du 5 au 8 mai 2025 à l'IPNETP d'ABIDJAN en CÔTE d'IVOIRE, RAIFFET monde, May 2025, ABIDJAN, Côte d’Ivoire. ⟨hal-05108812⟩. URL: https://hal.science/hal-05108812v1

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